L'EVASION

C'est du camp d'Oraison que Lucien Sampaix et Henri Neveu réussissent à s'évader le soir du 25 décembre 1940. Le camarade Neveu raconte la marche de vingt kilomètres dans la nuit. Lucien, mauvais marcheur, traînant la jambe, pour prendre aux Mées le train pour Marseille. Une coïncidence - leur train arrivant à Marseille en avance, le train pour Lyon partant avec du retard - leur permet d'échapper à l'arrestation. A Lyon, Lucien est hébergé par trois vieilles, appelées " les Dames au Chapeau vert " qui habitent sur les pentes de la colline de Fourvière.
Tous les témoignages sont unanimes : Lucien avait joué un rôle de premier plan dans tous les camps pour faire respecter la dignité et les droits des internés, pour faire échec aux provocations. Il était infatigable pour organiser des lectures, des cours et d'autres formes de loisirs, pour élever la conscience politique de tous.
Les internés aimaient Lucien. " C'était un excellent camarade, simple, ferme, réfléchi ", écrit l'un d'entre eux. Le camarade Pioline, de Corbeil, écrit : " Nous avions tous une grande affection pour lui en raison de son grand courage physique et moral, de sa douceur à répondre aux questions difficiles ".
Les gardes mobiles et les soldats, y compris des officiers, comprenaient que ces " indésirables " étaient des patriotes. Au camp de Prémol, un sous-officier aumônier, affecté à la compagnie de Lucien, tenait celui-ci en grande estime. Ils avaient de longues discussions philosophiques et devinrent amis. Abbé à Lyon, il a fait voir à des camarades qui lui rendaient visite, des lettres de Lucien, écrites du bagne de Caen, qu'il conservait comme un trésor.
De retour à Paris au début de janvier 1941, Lucien reprend aussitôt le travail clandestin pour le Parti, pour l'Humanité.
Le 27 mars, le camarade qui l'héberge dans le XIIIe arrondissement, ne sait refuser, malgré les recommandations de cesser toute activité, un transport de tracts sur une voiture à bras. C'est la fouille, la découverte du matériel clandestin, la visite au domicile : les policiers trouvent Lucien. Il est incarcéré à la Santé.
Dans sa cellule Lucien continue à lire les classiques, à étudier l'anglais, comme il l'avait fait dans les camps, malgré les travaux pénibles imposés aux internés.